Non ! Décidément impossible de vivre quinze jours au plus près d’eux et de repartir sans verser sa petite larme. Je dois vous dire à quel point j’ai trouvé qu’à Duwakot - Bhaktapur, petits et grands, rayonnaient.
Prithivi et Surya profitent plein pot de leur nouvelle vie de parents. Du haut de ses 11 mois, de ses 77 cm et de ses 12 kg le petit Chayan n’a pas la maille népalaise. Stimulé par tout le monde il va vers tout le monde sans aucune retenue. C’est une petite tornade qui met son nez partout et mérite toutes les attentions. Prithivi le surnomme parfois Mister Discover. Le porte bébé dorsal trouvé sur e-bay a remporté un intérêt immédiat et Surya n’a cessé de feuilleter le livre photo de la Saga Sayaju.
Les autres enfants continuent de s’épanouir chacun à leur manière. Ce n’était pas le but de mes propos et pourtant, Prithivi paru très touché quand je lui ai précisé à quel point chacun avait progressé depuis son arrivée respective. Le bonhomme a la larme facile.
Au fil des mois les personnalités des garçons et celle des filles s’affirment différemment. Schéma classique ou pas, les garçons sont plus paresseux et plus joueurs, les filles sont extrêmement sérieuses et beaucoup plus studieuses.
Quelques traits caractéristiques :
Muna
Elle a toujours un coeur gros comme çà. Comme dit si bien Carmen : "elle possède un très bel intérieur". Orpheline recueillie à Duwakot depuis l’origine du centre, elle reste toujours aussi attentionnée aux uns et aux autres. C’est aussi la première à demander des nouvelles, à demander qui a donné ceci et cela et à vouloir écrire aux uns et aux autres.

Ritu
La plus petite. Elle est de plus en plus craquante. De plus en plus joueuse. On fond littéralement devant son petit air canaille.
Laxmi
Elle qui était si timide ! Je ne l’ai jamais trouvé aussi libéréé. Prithivi me dit aussi qu’au début elle pleurait en revenant de sa famille. Je l’ai vu jouer, rire, s’éclater. C’est la nounou préférée et presque attitrée de Chayan.
Sunila
Elle aussi a fait un bon bout de chemin. Son sourire et sa délicatesse me font fondre. Souvenez-vous, nous l’avons accueillie il y a deux ans quand sa mère est morte de la lèpre. Lorsqu’elle est arrivée elle ne connaissait pas son alphabet. Extrêmement studieuse, elle est devenue meilleure de sa classe. C’est une vraie petite maîtresse de maison. Lorsqu’elle fait la cuisine tout le monde se régale.

Suruchee
Lorsque les grandes sont arrivée dans la maison elle avait un peu perdu son rôle de leader du groupe. Aujourd’hui elle navigue habillement au milieu. Toujours aussi futée, c’est la petite intello. A la fin de mon séjour est repartie pour 10 jours dans famille pour se marier avec le soleil. Au Népal les filles newari se marient trois fois : une fois avec un fruit, une fois avec les soleil et la troisième fois avec un homme. Avant qu’elle ne soit réglée, elle doit avoir passé 10 jours enfermée entourée seulement de filles et de femmes.

Alisha
C’est drôle, on a l’impression qu’elle est toujours au ralenti. Et pourtant, elle exécute très convenablement tout ce qu’elle doit faire. Pour moi c’est Miss Khe car elle veut toujours savoir ce qui s’est dit.
Bindu
La dernière arrivée. C’est la grosse rigoleuse. On a l’impression qu’elle a toujours été là.
Suman
Egal à lui même aussi. Monsieur est malin. Il passe parfois par des phases où il semble au repos, en train de recharger les batteries. Sous ses airs de mec il apprécie le rapprochement physique.

Sunil
Un poème ! C’est un très beau parleur. Lorsque je lui dit de faire attention à mon appareil photo il me répond "Nothing happen ! I am a very carrefull man !". Extrêmement intelligent aussi ; c’est un sacré tire-au-flanc. Ma détermination a payé, il a fini par se laver le cou et nettoyer la chambre. Une fois fait il en est fier.
Sabin
Avec Sunil ils font aujourd’hui la paire. Tout devient calculé, il sait comment tirer la couverture à lui. A surveiller !

Sajan
C’est celui qui a le plus besoin de se défouler. Ne lui demander pas deux fois de jouer au ballon. Le contexte familial est particulier. Lui aussi orphelin de père et de mère, l’oncle qui l’avait recueillit ne s’occupait pas de lui et ne lui donnait pas à manger. Brrr... Entrainé par son frère qui fait les 400 coups, il y a quelques mois, il avait fugué de Duwakot. Il a besoin d’un contact affectif aussi. Au fil des mois je vois ce gamin s’équilibrer aussi. Tout au long de mon séjour il a eu une super pêche. Quand il sourit son visage s’illumine.
Les petits courriers et les trois bricoles qu’on leur apporte semblent toucher les enfants. Les photos des Thanaka’s members que Sandrine a transmise dans ses petits courriers ont remportés un vif succès. La photo de groupe de la galette, imprimée sur papier A4 est gardée au mur comme une vraie relique. Ils veulent connaître chaque nom. Les grandes trouvent Flory trop belle. Muna veut absolument que la petite Mathilde vienne cet été pour s’en faire une copine. Je ne sais pas pourquoi Sajan a flashé autant sur Jimmy. Josette a été rabaptisée Djo’zzette...
En principe Prithivi devrait prendre bientôt un douzième enfant. Il est sur la trace d’un petit garçon de 6 ans qui vit à Thimi dans la petite ville voisine. Sa mère est décédée et le père boit.
Sinon, pour les derniers sceptiques, la machine à laver avale au moins une fois quotidiennement ses 7 kg de linge. Même trois fois le samedi. Je reste convaincu de l’importance de cet achat.
Nous n’avons en principe pas d’investissement particulier à faire pour cette année pour Duwakot, mis à part bientôt les uniformes d’école qui doivent changer de couleur. J’ai demandé à Prihitivi d’essayer tout de même de repeindre une ou deux pièces. La maison devient très vite sale. A cette époque on retire la glaise des rizières. Les fours à briques du coin rejettent énormément de saleté et les camions de briques qui passent devant la maison soulèvent une poussière extrêmement volatile. Je suis toujours sidéré par la vitesse à laquelle les objets se ternissent et se salissent.
Il y a aussi tout un boulot à faire pour faire sensibiliser les enfants à l’hygiène (nettoyer leur salle de bain par exemple). Prithivi est content quand Oncle François passe par là pour le dire aussi aux enfants. Au fur et à mesure où les enfants grandissent ils comprennent et réalisent la dimension de ce que l’on fait pour eux, ils le formulent clairement. Visiblement nos propos, nos encouragements, nos remarques, les demandes de promesses ont beaucoup d’impact. Samedi dernier nous avons vécu une séance de ménage mémorable, si vous aviez vu comme ils s’activaient. En fin de journée la maison avait une autre allure ; comme ils étaient fiers !
Voili voilou grosso modo les nouvelles du côté de Duwakot.
François








