"Do you know what is a postman ?"
Ils s’interrogent du regard, des mots népalais courent sur toutes les lèvres, des sourires s’échangent... Les enfants sont surpris, pourquoi donc je leur pose cette question juste avant d aller au lit ?
Lequel va tenter une réponse... Là, c’est moi qui m’interroge...
C est Alisha qui, la première, prend la parole et m explique dans un anglais impeccable ce que fait un facteur.
Alors je commence à leur raconter une belle histoire, celle d’un postier népalais rencontré tout à l’heure à mon arrivée à Duwacoat. Il cherchait Thanaka’s hostel car il avait du courrier à remettre aux enfants.
"For us ?" me demande Muna.
Oui, oui, for you.
Ils devinent à mon sourire que c’est un petit jeu que je viens d inventer, mais quand ils voient la pile de lettres que je sors de mon sac, quand je leur montre sur les enveloppes les timbres collés par les adhérents de Thanaka qui m’ont confie les lettres, ils ne savent plus quoi en penser.
C’est vrai, c est pas vrai ? Doivent ils me croire ?
Leurs yeux brillent d’impatience, et Suman, assis en tailleur, a du mal à rester en place. Je le reconnais bien là ! Il se dandine d un genou sur l’autre en hochant la tête en riant.
Je commence la distribution : chacun prend les lettres des deux mains, respectueusement.
"Thank you Pascale didi".
Ils tournent et retournent les lettres dans leurs mains, lisent et relisent à voix haute leur prénom inscrit sur l’enveloppe. Ils rient, les yeux noirs pétillent.
"We can open ? risque Sabin. Je n avais pas vu que chacun attendait mon signal pour ouvrir.
"Of course, you can".
Alors commence la délicate opération d’ouverture du courrier. Délicate pour certains -
peur de déchirer, d’abimer - mais rapide pour d autres. Sunil déjà a commencé sa lecture alors qu’Alisha, Sabin, Muna prennent encore mille précautions pour décoller les rebords des enveloppes.
Ekta et Retu n’osent même pas essayer d ouvrir elles mêmes leurs précieuses lettres, et réclament timidement mon aide. A mon tour, je fais de mon mieux pour ne pas trop endommager les enveloppes. Pas facile !
Je m amuse de les voir faire.
Chaque carte et lue et relue, passe entre toutes les mains, puis revient à son destinataire. Est relue encore.
Les photos d animaux qui se trouvent dans quelques enveloppes suscitent beaucoup d’interrrogations.
"Ce n est pas une vraie photo, ce n est pas un vrai animal, hein ?" me dit Sabin en me montrant la photo d une loutre. "Ca n existe pas, c’est du plastique" ajoute t-il encore. Il m’interroge, il doute de ce qu’il voit. Je lui assure qu’il s agit bien là d’un vrai animal, j’essaie de lui expliquer dans un mauvais anglais ce qu’est une loutre. Il n’en revient pas et est tout heureux avec sa photo d’animal qu’il trouve soudain fantastique. "Look, look, look !!!". La photo passe alors de main en main, chacun s’extasie devant la frimousse amusante de l’animal aquatique.
A chaque photo, à chaque carte écrite, une nouvelle question. Un nouveau sourire. Un nouveau petit bonheur.
Dans l enveloppe qu’elle peine à ouvrir encore, Retu découvre la photo de sa grand mère.
Elle sourit timidement, je la devine heureuse à cet instant car je sais à quel point elle est attachée à sa grand mère, qu’elle a retrouvée pour les fêtes de Tihar il y a quelques jours seulement.
Mais les aiguilles de la pendule, hélas, ne s’arrêtent pas, et demain il y a école. Chacun remet photos et cartes dans leurs enveloppes et emportent leurs précieux butins.
Sagement, ils vont se coucher, mais je sais qu’une fois la lumière éteinte, une fois les paupières closes, avant que le sommeil ne les emporte, la loutre continuera longtemps à plonger devant les yeux ébahis de Sabin, les lionceaux continueront longtemps à courir dans la mémoire de Laxmi...
"Good night, children, have sweet dreams".
Pascale









