Il est près de 12h30 quand nous arrivons a l’école des petites classes à l’entrée du village de Dhana Lama, Birta Deurali. Les enfants sont tous dans la cour et accomplissent les mouvements de gymnastique rituels biquotidiens.
Nous sommes vendredi, jour où les élèves finissent la classe a 13h. Tels une envolée de moineaux, ils quittent les rangs et nous accueillent, tous sourires. Bien vite la voix des enseignants les rappelle à l’ordre et tous reprennent leur place pour finir les exercices. Mais si les bras et les jambes suivent bien les directives des instituteurs, la tète, elle, ne suit pas et reste tournée de notre côté. Dhana me fait visiter les classes une à une. Il m explique les travaux qui ont été faits, les sacs de ciment de 60 kgs qu’il a fallu porter, à dos d’homme, depuis la rivière, au rythme de deux par jour, sur l’unique chemin très escarpé qui mène au village. Puis les sacs de sable. Puis les bancs et les tables - 3 hommes étaient nécessaires pour transporter les bancs un par un. Un travail de titan. Je reste admirative devant la dépense d’énergie que cela a demandé à chacun pour remettre à neuf les deux écoles. Dhana, Kali et tous sont fiers du résultat, et il y a de quoi.
Pendant ce temps, dans la cour de l’école, quelque chose se trame. On s agite. On rit. On court. Les sourires timides se cachent maintenant derrière les petites mains. Puis le responsable de l’école me demande de le suivre. Des chaises ont été installées. De chaque côté, des dizaines de colliers de fleurs parfument l’atmosphère. Le principal m’invite à m’assoir et m’explique que les élèves ont préparé une petite cérémonie en mon honneur, pour remercier Thanaka de leur avoir fait don de 10000 roupies pour leurs écoles. Les deux plus grandes filles font alors un petit discours de remerciement en me passant les colliers de fleurs, que tous les enfants ont confectionnés le matin même, autour du cou. Tous applaudissent. Je sens l’émotion me gagner dangereusement, je retiens mes larmes, je suis vraiment trop émue par tant de gentillesse, trop d attentions. Puis, un à un, les 150 enfants défilent en file indienne devant moi, m’offrant chacun leur plus beau "namaste", les mains jointes au dessous du menton. La plus petite me tend un bouquet de fleurs des champs. Mille couleurs.
Puis la cloche retentit et tous partent en courant rejoindre leur famille. Mais pour eux, la journée n’est pas encore terminée. Il leur faudra s’occuper des animaux, aider leur parents aux champs, puis partir couper de l’herbe sur les pentes escarpées, armes de machettes, un panier souvent plus grand qu’eux porté sur le front...
Mais Birta Deurali, c est aussi le souvenir de cette papaye pas encore mure que nous partageons avec Kali, Gyanu et Dhana, au pied du petit stupa blanc, en haut de la colline, attendant patiemment que le soleil couchant illumine les pics oranges des sommets de l Himalaya. C’est aussi la rencontre avec le médecin du village, la visite du centre médical.
C’est aussi le poulet que l’oncle de Dhana sacrifie spécialement pour moi et que nous savourons le soir. Le tchang (alcool local), adouci par le miel, que nous dégustons avec les amis de Dhana, philosophant sur l’avenir du Népal. Echangeant nos recettes pour un monde meilleur.
C’est aussi Gyanu et Kali que je vois arriver en courant sur le chemin abrupte, alors que nous sommes déjà partis depuis presqu’une heure pour rejoindre la rivière, là bas, tout au fond. Simplement venus pour m accompagner. Passer ces dernières minutes avec moi. Ca me fait chaud au coeur quand je pense qu’ensuite, il leur faudra bien 2h30 de montée difficile pour regagner leur village.
Et puis, c’est surtout Dhana que je retrouve épanoui, heureux. A fond dans ses projets de développement pour son village. Il m’en parle pendant des heures.
Encore et encore. Il m explique tout. De la fabrication du tchang en passant par la fabrication des cordes pour animaux que les villageois confectionnent à l’aide des gros cactus épineux. J’apprends beaucoup sur la vie difficile des habitants des petits villages.
"Tout ce que je veux dans ma vie, me dit Dhana, c’est rendre la vie des gens de mon village plus facile. S’ils sont heureux, je suis heureux, je ne désire rien d’autre. Et il me faut travailler, travailler encore pour y arriver".
Je le sais sincère, et pour y parvenir, ce tout jeune homme de 23 ans donne le meilleur de lui même.
Pascale










