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Les lumières de Bhaktapur...

Tihar...
Il est de ces instants qui resteront à jamais gravés dans nos souvenirs de voyageurs...
Tihar, ses festivités incroyables, véritable fête des lumières, le nouvel an de toute la communauté néware de Bhaktapur...
Les enfants ayant rejoint leur famille pour 4 jours de vacances scolaires bien méritées, c’est en compagnie de Prithvi et de sa famille que nous célébrerons ces étonnantes fêtes du nouvel an.
Au premier jour, ce sont les oiseaux, les corbeaux en particulier, qui sont à l’honneur dans toute la vallée : offrandes de riz, de fleurs parfumées, dans les cours.
Le lendemain, on fête les chiens. Collier de fleurs orangées confectionné par les enfants que l’on glisse alors autour du cou de Theeru (Tiger), la gentille chienne de Duwacott. Tika de poudre de curcuma que Prithvi dessine sur le front de l’animal, en signe de protection. Friandises sucrées que dépose copieusement Surya dans la gamelle de l’animal dignement honoré..
Et le 3ème jour, ce sont les vaches qui bénéficieront de ces mêmes attentions. Chaque geste, chaque attention se fait selon des rites ancestraux, transmis de pères en fils, de mères en filles. La culture newari est très forte, intacte, toujours présente, elle rythme la vie de toute la communauté. Les cérémonies de Tihar ne finissent pas de nous étonner, de nous émerveiller même. De nous surprendre encore et encore.

Le soir venu, à l’heure où la lumière décroît, lorsque le soleil semble se coucher juste sur les toits de la grande pagode de Bhaktapur, nous rejoignons la cité médiévale. Et là, nous nous laissons fasciner par le spectacle qui nous attend. Féérie d’un soir...
Imaginez... des centaines, des milliers de petites bougies, posées à même le sol, partout dans les ruelles, dessinant leur chemin de lumière, partout sur les fenêtres, partout sur le seuil des maisons.
Ces myriades de petites flammes si fragiles qui dansent sous la brise du soir, qui magni fient les regards, qui enflamment la ville de leurs couleurs ocres et orangées. La ville de bois et de brique s’habille de mille feux, la nuit noire et profonde maintenant lui sert d’écrin. Images d’un autre temps. Beauté intemporelle. D’ailleurs le temps ce soir là ne s’est il pas arrêté ? Ne sommes nous pas en train de rêver, simplement ?

Imaginez... les paniers à offrandes multicolores que portent les femmes en sarees chatoyants.
Imaginez encore... les enfants parés de leurs plus beaux atours, qui chantonnent devant chaque maison, qui espèrent un bonbon, une roupie, une pomme, une fleur... leur quête joyeuse durera des heures, car cette soirée leur appartient.
Il est l’heure maintenant de retrouver la famille de Prithvi qui nous accueille chaleureusement : père, mère, grand-père, grand-mère, soeurs, frères, tantes, oncles, cousins, cousines... ils sont tous là en cette veillée si spéciale. Les liens se resserrent.
Le sourire est sur tous les visages, la gentillesse de ces gens m’est difficile à décrire.
Les préparatifs de la célébration nous impressionnent ; nous oublions rapidement toute référence à notre monde occidental, et nous plongeons dans ce que la culture newari a de plus intime, de plus déroutant aussi. Nous nous approchons de la croyance hindoue comme nous ne l’avions jamais fait encore. Rites étranges que nous ne comprenons pas toujours. Ambiance envoûtante renforcée par les fumées d’encens qui nous enveloppent de leurs brumes odorantes. Se laisser porter par l’instant... se dire que l’on vit des moments hors du commun.

Devant chaque convive, des triangles enchevêtrés ont été tracés sur le sol, rouges, orangés, jaunes. Au centre, des mèches, que nous enflammons à tour de rôle. Au bout de la pièce, un autel représentant la déesse et les membres de la famille est dressé. Les personnages sont en pâte de riz modelée. Ils disparaissent déjà sous les nombreuses offrandes.
Une à une, les femmes se placent alors en face de chaque invité. Elles lui offrent des pétales de fleurs, des fruits secs, qu’elles renversent généreusement sur la tête de chacun, à plusieurs reprises. Les rires fusent. Le sol est jonché de fleurs multicolores, de fruits secs. Mélange de parfums de fleurs et d’encens.
Puis c’est le moment de la tika, que l’on appose sur le front, la fleur que l’on accroche délicatement à ses cheveux, les colliers aux 7 morceaux de tissus qu’on nous passe autour du cou, et que nous devrons garder 4 jours.

C’est aussi le repas copieux qui nous est offert : oeufs, riz soufflé, morceaux de poulets, petits légumes épicés, noix, pommes. C’est aussi ce délicieux curd (sorte de yahourt nature trés apprécié) que nous partageons ensemble. C’est aussi la deuxième tika que nous dessine le frère de Prithvi avec le curd cette fois ci, avant d’entamer la précieuse jarre au contenu si délicieux. Protection pour nous tous demandée aux dieux ce soir là. Sont ils à l’écoute ? Oui, certainement, j’en suis sûre, ce soir ils tendent l’oreille...
Et, attirée par les bougies qui la conduiront jusqu’à la demeure familiale, la belle déesse Laxmi, à l’honneur, apportera prospérité sur la maison et sur nous tous.

Tihar, c’est tout cela est bien plus encore... tellement d’images emprisonnées dans nos mémoires. Je réalise encore à peine la chance que nous avons eue d’être accueillis si généreusement par toute la famille de Prithvi. De vivre avec eux ces instants si forts, de célébrer ce nouvel an à la façon neware. Plus qu’une chance, c’est un véritable privilège. Merci Prithvi pour ces heures newari inoubliables.
Merci mon ami, mon frère...

Pascale


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Publié le mardi 15 novembre 2005, par Pascale Villaume
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