Cinq jours de bus entre Katmandu et Lhassa. Trois cols (de 4 900 mètres à 5 200 mètres) nous font dominer la chaîne de l’Himalaya. Cinq jours d’émerveillement pour mes sens qui s’éveillent : les paysages désertiques aux dunes de sable rouge, les montagnes enneigées, la vallée rocailleuse et ses quelques cultures d’orge, près du fin cours d’eau de la rivière en cette saison sèche...
Zhangmu, ville frontalière avec le Népal, n’a rien de très attractif. Modernes constructions aux enseignes lumineuses chinoises, l’ambiance qui y règne est étrange...
C’est une sorte de Far West asiatique, avec sa mafia, ses red-lights , les tibétains qui y trafiquent des Dollars US en face des magasins ou s’étalent multitude de produits "made in China"...
Il faut attendre de traverser les villes de Nyalam, Shigatse et Gyantze pour se sentir vraiment au Tibet et en apprécier toute la beauté.
Maisons traditionnelles ou tentes des nomades qui élèvent leurs troupeaux de moutons, de yaks ou de chèvres des montagnes aux longs poils et aux cornes torsadées.
Danses sacrées des moines tibétains en costumes traditionnels, masques et habits colorés.
Pas lents au rythme des instruments à vent et des percussions qui résonnent dans l’enceinte du temple.
Ruines au loin : vestiges d’un monastère ou d’une forteresse saccagés par les armées chinoises (1950 a 1970) ou népalaises bien avant que la Chine ne s’intéresse au Tibet.
Lhassa.
La cité n’a plus rien d’une ville sainte. Le Potala (ancienne demeure du Dalaï Lama) a beau dominer la ville, les nombreux centres commerciaux et les grandes avenues de magasins de Hi-Fi chinoise donnent un air de mégapole occidentalisée à la capitale tibétaine.
Les tibétains côtoient les chinois, mais ils ne se mélangent pas. Sur la place principale de la ville (temple du Jokhang), les soldats chinois veillent à ce qu’aucun tibétain ne s’attarde trop à parler à un étranger, et exercent un contrôle omniprésent sur toute manifestation éventuelle, quelle qu’en soit sa nature.
Mais en m’évadant dans les quartiers plus populaires, je traine dans l’ancienne ville, la où les tibétains vivent encore "un peu comme avant"... Avant l’invasion chinoise des années 1950 (1959, bombardement de Lhassa et fuite du Dalaï Lama), et avant la révolution culturelle des années 1960.
Ils tiennent des boutiques de produits laitiers (beurre et fromage de yaks), ou vendent des pains tibétains ou autres spécialités locales.
Malgré tout, les postes administratifs ou gouvernementaux étant réservés au peuple chinois, les tibétains doivent souvent se contenter de peu. En dehors de Lhassa, la plupart vivent de l’agriculture et en ville, beaucoup sont malheureusement contraints à la mendicité...
Mais le Tibet est tellement beau et son peuple si attachant ! C’est marrant comme - malgré les interdits - ces gens aiment et recherchent le contact avec les étrangers... Leurs regards, leurs sourires, le contact physique aussi lorsque sur la route, des jeunes femmes me prennent par la main, riant de leurs portraits sur l’écran de mon appareil numérique...

J’ai reçu aujourd’hui des nouvelles de Sonam. Il a enfin pu quitter le Népal hier et devrait arriver à Lhassa en fin de semaine. J’ai hâte de le retrouver, même si nos rencontres devront rester discrètes. J’espère pouvoir bientôt prendre la direction de l’est, celle de son village et celui de la famille de Jigmey...
Amitiés a tous.
Anne Sophie




