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Accueil du site / Pérégrinations / Sunilja et le tigre

Sunilja et le tigre

Gaikhur... 2h30... c’est le temps qu’il m’aura fallu cette fois-ci pour atteindre Gaikhur... un record pour moi ! Je commence à penser que les longueurs de piscine et les petites marches n’auront pas été inutiles... Toujours aussi agréable cette montée. J’aurais pu cette fois monter en jeep avec Sunil, samedi, mais cela n’aurait pas eu le même charme, non. Gaikhur sans la longue marche difficile ce n’est plus tout à fait Gaikhur... c’est un peu comme une belle fleur sans parfum. Il me manquerait assurément quelque chose...

Et quel spectacle tout au long du parcours... je ne voudrais manquer cela pour rien au monde : ici, juste après Turture, c’est un groupe d’écoliers tous vêtus de bleu que nous croisons. Photos kitne ! Photos kitne ! Un peu plus loin, c’est une famille qui travaille le riz : 2 gros buffalos piétinent la récolte séparant le riz et le foin. Nous attaquons la montée, il fait très chaud... Nous croisons en chemin des hommes qui disparaissent sous un amoncellement de branchages qu’ils transportent sur le dos. Leurs pieds même sont invisibles, car les branches balaient le sol derrière eux. Ces feuillages constituent actuellement la nourriture des buffalos. Je laisse Prithvi s’éloigner le temps de reprendre mon souffle. C’est alors qu’une petite fille me rejoint. Elle commence a me parler, mais je comprends seulement qu’elle s’appelle Sunilja (prononcer Sounildja) et qu’elle se rend à Gaikhur aussi. Je reprends ma marche, elle me suit. Je m’arrête, elle s’arrête, à quelques mètres derrière moi. Elle aurait pu facilement me dépasser, ses petites jambes chaussées simplement de claquettes roses sont bien plus agiles et plus rapides que les miennes ! Mais elle reste avec moi, s’arrêtant en même temps que moi, et ne cesse de me parler. C’est trop bête de ne pas comprendre ce qu’elle me dit ! Nous partageons quelques bonbons translucides... Bientôt je rejoins Prithvi avec ma petite escorte. La fillette lui explique alors qu’elle a peur de remonter à Gaikhur seule, car elle a entendu le feulement d’un tigre pas loin d ici !? Un tigre !? Par ici !? Heu... un instant je soupçonne Prithvi d’inventer cette histoire de tigre pour me faire presser le pas ;-)
Mais bientôt Sunilja pointe du doigt l’endroit où elle aurait entendu le gros chat quelques heures auparavant. Prithvi m’explique que parfois il arrive qu’un tigre s’égare dans ces bois, mais que c’est très rare. Alors sans doute la fillette aura-t-elle cru entendre le félin. Sans doute a-t-elle rêvé ? Alors vrai ou pas vrai cette histoire de tigre égaré ? J’avoue que je ne sais toujours pas... Mais qu’est-ce qu’on fait si on voit le fameux tigre ?? "On prend une photo et on part en courant !" me dit Prithvi en me tendant la bouteille d eau...

On reprend tous les trois notre marche en tendant l’oreille...
Arrivée aux premières maisons du village... Déjà les premiers "namaste" échangés, déjà les enfants souriants qui se pressent autour de nous. Combien sont-ils ? 15 ? 20 ? Chacun à tour de rôle s’agrippe à mon bras pour voir l’écran de mon appareil photo. Leurs yeux étonnés, leurs rires qui éclatent... je voudrais tout pouvoir filmer ! Emporter avec moi ces instants d’étonnement, de découverte, de partage. Ne rien oublier. Pas un regard, pas un éclat de rire, non, ne rien oublier.

Déjà nous atteignons la maison aux volets bleus. J’aperçois Prakash en premier, puis Maya, puis Laal... oh la la ! Comme ils ont changé ! Comme ils ont grandi ! Je trouve la maison de plus en plus belle, ses volets au bleu éclatant sont le repère du village. Je retrouve avec bonheur les 2 femmes et Ganesh. On nous offre des morceaux de papaye que j’engloutis avec délice, du lait chaud. Les enfants jouent aux billes, au freesbee avec Prithvi. Maya va me chercher une petite poupée qu’on a dû apporter les fois précédentes. Elle me montre que ses yeux se ferment quand on la penche... cela lui plaît beaucoup.

Le temps passe vite. Déjà il fait nuit et il n’est pourtant que 17h30. Et ils ne sont pas peu fiers, les enfants, de me montrer la télé installée au premier étage !
Assise en tailleur, en rond devant l’écran magique, je partage alors avec eux un Tom et Jerry des plus appréciés ! Je vois leurs yeux brillants, leur ravissement, leur air étonné... un ange passe... je suis émue... cette impression étrange d’être dans un autre monde... Ganesh m’explique qu’ils ne peuvent capter malheureusement qu’une chaîne, népalaise, l’antenne sans doute n’étant pas assez puissante. Les enfants regardent la télé le soir, après le repas. Il y a des émissions sur la vie dans les écoles népalaises, sur la faune animale. Et celle que nous regardons actuellement nous montre l’apprentissage des danses traditionnelles népalaises dans les écoles. Roshani et Maya imitent les gestes et sont toutes intimidées lorsque je les surprends à danser. Elles partent alors d’un grand éclat de rire communicatif. La télé va assurément leur apporter beaucoup : d’autres perspectives sur le monde, une vision des choses qu’ils n’auraient pas moyen de découvrir sans le petit écran. Une ouverture d’esprit...

Mais déjà il faut repartir... Bon, je vous passe l’épisode plutôt désagréable où une charmante bestiole à 8 pattes - une araignée - est venue se dégourdir les pattes sur mon cuir chevelu durant la nuit !! C’est aussi ça, Gaikhur ! Mais il est l’heure de partir. Nos sacs a dos se sont allégés des fusées en mousse, des petites friandises apportées, des grosses chaussettes... Rushmi ouvre le feu et m’offre une fleur rouge aux creux de ses mains. Alors accourent Maya, Laal, Roshani, Hari, tous accourent les mains remplies de fleurs, jaunes, rouges, blanches, oranges. Je n’arrive plus à saisir les pétales tellement il y en a, tellement ils m’en portent. Je contiens mal mon émotion, c’est toujours difficile de dire au revoir. Alors je promets de revenir - Prithvi traduit pour moi - même si je sais que cette fois-ci je ne pourrai tenir cette promesse avant longtemps. Mais je reviendrai, c’est sûr, il ne peut en être autrement...

Une fois à kathmandou, j’étale sur des feuilles de papier ma précieuse collecte. Je voudrais les faire sécher, les garder précieusement, ces fleurs, pour qu’elles me rappellent qu’il existe là-bas, quelque part, un petit village du nom de Gaikhur où ...
Mais qu’importe après tout si elles se flétrissent, si je n’arrive pas à les conserver. Qu’importe, oui ! Car dans ma mémoire, dans mon coeur, ces fleurs, elles resteront aussi fraîches, aussi belles, toujours, que lorsque les enfants me les ont offertes... la mémoire ne se fane pas...



Publié le dimanche 28 novembre 2004, par Pascale Villaume
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