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Article paru dans le Fraternitaire N°119

Thanaka : le chemin qui mène de la passion du voyage à une association

Des cimes himalayennes, aux jungles birmanes, en passant par la campagne nippone, il en a parcouru des kilomètres, seul, sac au dos... Des kilomètres avalés goulûment à la rencontre de « l’autre ». Mais, si François Szlapka est un « fou » de voyages, sa passion nomade n’est pas qu’un agréable passe-temps. C’est devenu une association : Thanaka. Une mission : protéger et valoriser ces différences humaines et culturelles qui tissent la richesse de l’humanité.

C’est sur Internet que j’ai rencontré François Szlapka. Son site Namaste, pérégrinations orientales, régal pour l’œil et l’esprit, donne envie de boucler son sac dans l’instant ! Entre la contemplation du vert tendre des rizières et la lecture de ses commentaires habités de respect et de ferveur, je suis tombée sur l’association Thanaka, engagée dans la coopération et la valorisation des pays en voie de développement (principalement asiatiques), dont il est le créateur, et un des piliers les plus actifs. Il n’en fallait pas plus pour que je me pose la question de savoir comment passe-t-on du voyage loisir au voyage engagé... Rendez-vous est pris dans une brasserie parisienne guindée. L’entrée de François dans ce lieu aseptisé brise la belle ordonnance du cortège des apparences. Décontracté et lumineux, il abrite dans son regard le feu des nomades, les étoiles des voyageurs éternels. Une chose qui ne s’achète pas ! Il revient de voyage. « J’ai l’impression d’avoir changé depuis que je voyage, (blanc) Au début, je pensais pouvoir reproduire ici ce que j’avais vécu là-bas au niveau de l’ouverture relationnelle. C’est difficile... Le voyage, c’est l’ouverture du cœur. C’est pour ça que je voyage seul ; non pour être solitaire, mais au contraire pour m’ouvrir aux autres, pour échanger. Seul, les autres viennent plus spontanément à vous, vous pouvez mieux vous fondre dans l’environnement. Et même si je suis autonome, je sais que je peux trouver facilement de l’aide en cas de besoin. Là-bas, les choses ne sont pas balisées et la population s’entraide. Ici, tout est balisé et on n’a plus besoin de l’autre ! ».

Une démarche avant tout personnelle

Sri Lanka, Népal, Indonésie, Laos, Myanmar, Inde, Chine, Tibet, Japon, Cambodge, Vietnam, Thaïlande, Malaisie, Corée, c’est principalement en Asie que ce voyageur impénitent a usé ses semelles. À l’heure où l’on parle beaucoup de tourisme éthique et autre écotourisme, ces formules ont de quoi le faire sourire (jaune !). Pour lui, le tourisme respectueux - des habitants, de la nature et de la culture locale - est plutôt instinctif, naturel et individuel. Une démarche avant tout personnelle. Il est des groupes se revendiquant d’un tourisme responsable qui laissent bien des traces derrière eux...

Respect des différences culturelles et protection de l’intégrité des individus

Sa philosophie du voyage a trouvé un prolongement évident dans la création, en 2001, de Thanaka, association loi 1901, « qui a pour objet de mener des projets de coopération en faveur des pays en voie de développement et en particulier ceux du continent asiatique ». Une association qui, par-dessus tout, souhaite développer son action « humblement, en respectant les différences culturelles et en protégeant l’intégrité de l’individu ». « Je voulais changer de démarche ; pas toujours arriver simplement en touriste. Être là pour apporter quelque chose, pas seulement pour prendre. C’est idiot de partir avec un sac à dos vide, alors qu’il y a de tels besoins sur place ! ».

Au fil de ses voyages et de ses rencontres, cette idée d’association a lentement mûri. « J’avais l’habitude, en partant au Népal, d’emporter des affaires, notamment des médicaments génériques, type antiseptiques et aspirines. Je contactais souvent des associations locales ». Professeur de nouvelles technologies dans un lycée professionnel de Dijon, cet amoureux des contacts humains a longtemps cherché un projet humanitaire, un poste pouvant coller à ses motivations profondes, sans succès. Petit à petit, entre autres grâce à son site Internet, François Szlapka rencontre d’autres personnes, voyageurs ou non, sensibles aux mêmes causes et partageant les mêmes préoccupations humanistes. L’envie de se lancer dans l’aventure associative a gonflé. Le détonateur ? « Un des événements décisifs a été le 6 juillet 1997... (silence) Je me trouvais au Cambodge quand a éclaté un coup d’état. Toutes les ONG ont commencé à rapatrier les gens en mission. Je me suis trouvé seul au milieu des Cambodgiens... ». Son regard s’assombrit ; l’idée qu’on puisse laisser les populations seules au moment où elles en ont le plus besoin a du mal à passer... Ainsi est né Thanaka. La question s’impose : que signifie Thanaka ? « Hormis la sonorité mélodieuse du mot, il nous fallait adopter une dénomination qui évoque l’Asie, mais aussi les couleurs, la lumière, la chaleur. Le Thanaka est une essence de bois exotique. On le rencontre plus particulièrement en Birmanie où les femmes le broient et le mélangent avec un peu d’eau avant de l’appliquer sur les joues. C’est une protection tout autant qu’une parure. Or, protéger et valoriser, c’est symbolique pour l’association ! ».

A contrario de nombreuses associations de ce type, Thanaka ne soutient pas un seul projet. Elle tente de mettre sur pieds et de soutenir de nombreuses initiatives. Emportés par l’enthousiasme, François et les autres (membres fondateurs), ont d’abord lancé l’association, avec des objectifs précis, mais sans projets concrets au départ. « C’est maintenant que nous réfléchissons ! », explique-t-il malicieusement. Cela-dit, ils n’ont pas fait que réfléchir, et en moins de deux ans ce sont plusieurs actions qui ont vu le jour, répondant aux objectifs de base de Thanaka. Aider : « En prenant soin de ne pas glisser dans l’assistanat », précise vigoureusement François. « Notre mission, c’est le développement ». Ce qui nous amène au deuxième objectif, la valorisation : « Nous cherchons à mettre en valeur la création artistique et artisanale des différents pays d’Asie, une des voies vers l’autonomie ». Échanger (idées, valorisation des connaissances du terrain, etc.) est le troisième pilier de l’association. Sans oublier, une mission d’information sur les cultures locales, le respect de leur altérité.

Des réalisations concrètes

Outre la collecte et l’acheminement de médicaments, de vêtements, d’outils de production et autres jouets par des bénévoles de l’association, Thanaka a permis l’ouverture d’un centre d’accueil pour orphelins gérés par des locaux, à Gaïkhur, au Népal. Un petit village de montagne durement touché par la guérilla maoïste. Une guérilla qui a mis à mal l’activité du pays, avec entre autres la diminution catastrophique du nombre de touristes. Un projet qui tient François Szlapka et l’association particulièrement à cœur. « Dernièrement, nous avons craint des problèmes avec l’orphelinat. Il paraissait improbable que les maoïstes acceptent un projet humanitaire dans leur campagne, sur l’initiative d’étrangers. Mais il semblerait qu’un de nos relais ait obtenu un accord tacite sur la poursuite du projet ». De toute façon, comme expliqué plus haut, même si le projet est fragile, ce n’est pas au moment où le Népal connaît des difficultés que Thanaka va abandonner ses projets dans le pays. Au contraire ! « C’est plus que jamais le moment de maintenir nos actions dans ce pays ! », proclame l’association. Autre motif de satisfaction : Thanaka parraine un jeune Tibétain, en exil à Dharamsala depuis trois ans. Soutien humain, logistique et financier à sa formation, pour le mener vers l’autonomie : « Son leitmotiv est de rattraper une culture générale et un enseignement qu’il n’aura pas eu la chance d’acquérir au Tibet ». L’association a également organisé des ventes d’artisanat, qui ont donné d’excellents retours aux populations locales et qui ont permis de financer d’autres graines de projets. Voici, en condensé, quelques exemples d’actions concrètes menées par Thanaka, mais qui a bien d’autres idées en poche (l’achat d’une vache est dans l’air pour l’instant) ! Et si l’association ne demande qu’une modeste cotisation (15 euros pour l’année), c’est parce que « l’important, c’est avant tout le partage avec des personnes ayant la même vision de la vie, la même philosophie du voyage, la même passion et respect de l’humain et l’envie de faire bouger les choses ! ». Fédérer des forces, des moyens et des idées pour rendre le monde plus vivable. Mécènes bienvenus !

Carine Anselme


Pièces jointes




Publié le lundi 7 juillet 2003
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