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Retu miss...

Immédiatement je m’attache à elle... dès les premiers instants. Peut-être parce que c’est la plus petite. Peut-être parce que je la sens fragile, perdue encore dans ce nouvel environnement qu’elle apprend, jour après jour, à connaître...

Elle n’a que 5 ans, et déjà derrière elle un passé douloureux. Trop lourd à porter pour une si petite fille... Son père est décédé il y a 2 ou 3 ans, et sa mère est partie, l’abandonnant à sa grand mère qui a pris soin d’elle depuis sa naissance. Jusqu’à maintenant, Retu n’a connu que la présence de sa grand-mère qui adorait la petite fille, qui la surprotégeait, m’a expliqué Prithvi. La grand mère avait l’habitude de toujours porter la fillette. Toute la journée, elle la portait. Mais la grand mère a vieilli, et il lui est impossible aujourd’hui de s’occuper de l’enfant, de veiller sur elle. Alors, pour le bien de la petite fille, elle n’a eu d’autre choix que de nous la confier. La séparation fut douloureuse, autant pour la vieille femme que pour l’enfant... on imagine à peine...

Retu parle peu, ou plutôt elle parle avec ses yeux. Elle observe... assise sur les marches de la maison, elle regarde avec envie les autres enfants jouer. Elle sourit, mais elle n’ose pas les rejoindre. Retu n’a pas l’habitude de jouer avec d’autres enfants. Jusqu’à là, elle n’avait connu que la compagnie de personnes âgées qui entouraient sa grand mère. Alors il lui faut du temps. Du temps pour s’adapter. Mais je voudrais tellement l’aider à se sentir mieux. A courir avec les autres, à rire avec eux. Nous sommes assises cote à cote sur les marches. Les autres enfants jouent au ballon. Ils rient, ils se chamaillent gentiment, et elle, elle les regarde en souriant timidement, refusant de se joindre à eux. Elle dit "non" avec la tête quand ils lui font signe de venir jouer avec eux. Pourtant son coeur dit "oui", je l’entends. Alors, je lui prends la main, et l’entraine dans la cour presque malgré elle. Au début, elle rechigne à attraper le ballon que je lui lance. Puis, peu à peu, elle commence à sourire, à me renvoyer le ballon, à participer au jeu avec les autres. Ca fait du bien de la voir jouer, enfin ! Mais bien vite, elle revient prendre sa place sur les marches, tout à coté de moi... oui, il lui faudra du temps. Timidement, elle se rapproche et pose sa main sur mon bras. Je sens qu’elle a besoin de se sentir protégée. Elle est encore si petite. Alors je lui prends la main, et on reste là toutes les deux, à suivre des yeux le ballon qu’Ekta, Muna, Sunil et Suman se renvoient...

Le soir, après les devoirs, et avant de prendre le Dhal Bhat rituel, Prithvi avait inventé un nouveau jeu où nous nous retrouvions tous, petits et grands, autour de la table basse qui meuble la pièce principale. Le but du jeu était de m’apprendre quelques mots de népalais, et de perfectionner l’anglais des enfants : chaque enfant, à tour de rôle, devait me poser une question en népalais, et je devais essayer de comprendre, et de répondre en anglais ! Inutile de vous dire les crises de rires !!! Essayez de répéter une phrase en népalais et vous comprendrez mieux pourquoi les enfants riaient quand j’essayais désespérément de prononcer les 2 ou 3 mots de népalais qu’ils s’efforçaient de m’apprendre ! C’était notre jeu favori, ça pouvait durer pendant des heures... Ce soir là, le jeu consiste à me demander si j’aime telle ou telle chose... Suman, le grand sportif, me demande si j’aime le football !! Tiens, ça ne m’étonne pas de lui !!

Et Sunil me demande si j’aime la télévision - dans l’après midi, il m’avait déjà montré que les voisins possédaient un poste de télé qu’on apercevait à peine depuis la chambre des enfants...

Ekta me demande si j’aime le dhal bhat... hum, hum... je dois bien lui avouer que je préfère les pâtes !!

Muna me demande à son tour si j’aime les animaux - eux viennent juste d’adopter Tiger, un gentil chien-chien adorable, doux comme une peluche.

Puis ce fut le tour de Retu. Et là, elle me demande timidement d’une petite voix : "aimes-tu Retu ?"...

Mais déjà, Retu a trouvé un grand frêre protecteur en la personne de Sunil... Ils sont très proches tous les deux, et dès que Retu veut quelque chose, c’est toujours vers Sunil qu’elle se tourne... "Veille bien sûr elle, petit homme"...

Pascale



Publié le jeudi 21 octobre 2004, par Pascale Villaume
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