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Ce que représente le 10 mars pour les Tibétains ?jeudi 10 mars 2005.Une pensée, aujourd’hui, pour tous mes amis Tibétains - Tenzin, Kunga, Jigmey -, pour tous les tibétains qui ont croisé ma route. Une pensée pour ce vieux Tibétain que j’ai rencontré au pied du stupa de Bodnath, les yeux remplis de larmes qu’il n’essayait pas de retenir. Un instant nos regards se sont croisés et j’ai pu y lire toute la souffrance d’un peuple. J’ai pensé à tout ce qu’il avait dû abandonner derrière lui, à sa famille peut être décimée, à ses montagnes qu’il ne reverrait sans doute jamais, aux geôles chinoises qu’il avait peut être connues. Qui lui a volé sa vie ? Qui a abimé ses souvenirs ? Pour que jamais la mémoire ne s’efface, pour que toujours brille cette petite lumière sous le portrait du Dalaï-Lama, j’espère que des millions de drapeaux tibetains flotteront aujourd’hui sur le ciel de l’Hexagone et partout dans le monde, symbolisant et magnifiant la résistance de tout un peuple. Tashi delek, tashi delek, tashi delek... Pascale Villaume Le 10 mars, chaque année, les Tibétains commémorent le soulèvement populaire qui eut lieu à Lhassa le 10 mars 1959. C’est au cours des années 1949/1950 que les troupes de l’armée chinoise envahirent le territoire tibétain. Le Tibet lança un appel à la communauté internationale qui resta sans réponse. Seule face à la Chine, une petite délégation tibétaine fut contrainte de signer, en 1951, à Pékin, l’infâme « Accord en 17 Points » dans lequel le Tibet faisait abandon de sa souveraineté. Un accord inique, qui sera dénoncé plus tard par le XIVème Dalaï-Lama. Il s’ensuivit, pour le Tibet bouddhiste et la Chine communiste, une période de neuf années de coexistence difficile. Les Tibétains du nord-est et de l’est du Tibet, qui assistèrent les premiers à l’intrusion de l’Armée populaire de libération, fuirent devant la répression chinoise croissante et durent gagner les zones rurales. C’est là qu’une résistance armée s’organisa, laquelle se propagea bientôt dans tout le Tibet. Tristement célèbres dans la mémoire des Tibétains, les provinces de l’Amdo et du Kham furent la scène d’un cycle résistance-répression qui contraignit des milliers de Tibétains à fuir vers le Tibet central et vers Lhassa, relativement plus sûrs. Mais le ressentiment de ces populations, engendré par l’arrogance avec laquelle la Chine traitait le gouvernement tibétain, s’abreuvait encore des récits de destruction des monastères et de massacre de lamas et de moines que rapportaient les réfugiés venus du Tibet oriental. Bientôt, le mécontentement qui couvait se traduisit par une défiance ouverte à l’égard de la Chine. Le 10 mars 1959, ce sont des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui descendent dans les rues de Lhassa pour réclamer l’indépendance du Tibet. Ce mouvement de protestation, porté par une population déjà exaspérée, fut réprimé dans un bain de sang. Selon une estimation chinoise, près de 87 000 Tibétains furent massacrés dans le seul Tibet central. Il fallut un peu plus de trois jours à l’Armée Populaire de Libération pour venir à bout du soulèvement, mais elle ne réussit pas à étouffer le mouvement de résistance qui se répandait dans tout le Tibet. Le soulèvement du 10 mars et sa répression inconditionnelle eurent pourconséquence la fuite vers l’Inde du Dalaï-Lama, des membres de son gouvernement et d’environ 80 000 Tibétains. Le gouvernement tibétain en exil, depuis son siège de Dharamsala, petite ville située au nord de l’Inde dans les contreforts de l’Himalaya, a développé, sous la conduite du Dalaï Lama, une résistance non violente à l’occupation chinoise, résistance qui a donné naissance à un Mouvement pour la liberté du peuple tibétain étendu aujourd’hui à l’échelle mondiale. Aussi chaque année, où qu’ils soient, les Tibétains commémorent le 10 mars, pour qu’eux-mêmes se souviennent, et pour rappeler au monde que les Tibétains qui sont morts pour la cause de la liberté ne sont pas morts en vain, que leur mort est un sacrifice juste et noble, consenti pour que puisse renaître un Tibet libre et indépendant. Source : Bureau du Tibet, janvier 2000
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