Le vent frais des montagnes, à l’extrémité ouest de la chaîne de l’Himalaya cette fois, me souffle ces quelques lignes que vous recevrez comme une petite pensée depuis le Ladakh.
Je poursuis ma belle aventure en Inde du Nord, ou j’ai enfin fait la connaissance de Jigmey. Tout d’abord peu expressif, j’ai tout de même remarqueé le rythme accéléré de sa respiration lorsqu’il visionna la vidéo de son père qu’il n’avait pas revu depuis 6 ans, témoignant malgré lui d’une émotion certaine. Tempa - son frère cadet - avait quant à lui préféré s’isoler dans une pièce annexe pour écouter le message qui lui était destiné...
A McLeod Ganj, lieu de résidence de la communauté tibétaine en exil, sur les hauteurs de Dharamsala, j’ai progressivement découvert le TCECE et un Jigmey très engagé pour la pérennité de la culture et des traditions tibétaines auprès des jeunes générations.
Convaincue par ses projets, j’ai même inauguré les cours de français en me portant bénévole pour enseigner la langue de Molière aux jeunes tibétains.
Une expérience très réussie et des plus enrichissantes !
Puis la mousson a eu raison de moi et j’ai pris la route pour le nord, région du Ladakh-Zanskar, aussi surnommée le "petit Tibet".
Pour m’y rendre, j’avais très envie de faire un petit détour par le Cachemire et les événements à Londres et en Egypte n’auront pas réussi à m’en dissuader.
Je voyage donc via les villes de Jammu (capitale d’hiver de l’état Jammu & Cachemire), Shrinagar (capitale d’ete) et Kargil. Tristement célèbres dans nos actualités internationales à cause de la guerre indo-pakistanaise qui y oppose encore occasionnellement soldats indiens et combattants musulmans du Pakistan, ces villes valent pourtant le détour.
Notamment Shrinagar et son lac immense où multes péniches offrent un hébergement au visiteur et où les autochtones vivent au fil de l’eau. Et aussi ses jardins mongoles, ses mosquées, ses temples sacrés, ses boutiques d’artisanat (tapis, étoffes, cuirs, papier mâché...).
J’y rencontre les habitants du Cachemire : des visages secs aux yeux clairs et à la peau mate. De très beaux visages. Des femmes voilées aussi, du simple foulard à la borka qui recouvre entièrement leur corps.
Je suis en territoire islamique, cela ne fait aucun doute...
La route vers Leh (Ladakh) suit la "ligne de contrôle" d’un territoire toujours disputé entre les deux nations ennemies, et de nombreux sites militaires surveillent la région de près. Derrière les montagnes que nous longeons : le Pakistan.
Les soldats sont aux aguets, se fondant dans la nature, derrière un arbre, au sommet d’un rocher ou sous un pont. Les images télévisées de reportages sur cette région du monde me reviennent en mémoire. Elles défilent cette fois-ci sous mes yeux... grandeur nature.
Mais comme le risque est infime compare à la beauté du site !!!
Julle !!
Je suis arrivée à Leh dimanche après-midi. Depuis le début de mon périple (bientôt 7 mois), je n’ai pas quitté - ou si peu - les montagnes. Peut-être parce que je tombe sans cesse sous le charme de leurs populations, tellement traditionnelles et si accueillantes !
Je profite avec toujours autant de plaisir de chaque instant, chaque paysage, chaque rencontre... Voyager m’enrichit au quotidien de nouvelles expériences et de découvertes.
Et le Ladakh me séduit à nouveau.
Cette région, aux terres les plus hautes et les plus sèches habitées au monde (3500 a 6000m d’altitude), s’étend sur une superficie équivalente a celle de la Grande Bretagne.
L’hiver y sévit huit mois de l’année durant, n’offrant que les quatre mois restants au tourisme en pleine expansion, ce qui n’est - malheureusement - pas sans conséquences sur la population et l’environnement local...
Mais fuir ces hordes de touristes pressés et exigeants (français et israéliens en masse !!) est - heureusement - encore possible lorsque l’on s’éloigne des sentiers battus. On découvre alors la vie lente et paisible d’un peuple heureux.
La plupart des familles ladakhis possèdent leur propre parcelle de terres agricoles et vivent au sein d’une communauté. Traditionnellement, cette appartenance communautaire ainsi qu’une vie en totale harmonie avec la nature sont vitales. Car les ressources naturelles sont rares dans cet environnement désertique.
Aussi l’entre-aide est nécessaire à la survie et l’écosystème naturel est utilisé dans ses moindres aspects : eau, plantes, herbes, bois, pierres... sont les matières premières pour l’alimentation, mais aussi l’habitat ou la médecine par exemple.
Les cultures des quatre mois d’été doivent fournir suffisamment de réserves pour le reste de l’année et chaque famille s’active lors des récoltes à rentrer le maximum de provisions avant les premières chutes de neige...
L’entre-aide et le partage sont-ils régis par le bouddhisme de la région, ou bien l’environnement hostile a-t-il conduit à cette philosophie ?
Entre la religion ou la nature, laquelle influence-t-elle le plus le mode de vie de ces peuples ?
Ma question reste sans réponse...
En attendant, je savoure encore et encore ce doux apprentissage du monde et de la vie.
Anne Sophie











