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Accueil du site / Pérégrinations / Sonam le clandestin - Carnet de Route (N°7)

Sonam le clandestin - Carnet de Route (N°7)

J’ai rencontré Sonam à Bodnath, banlieue de Khatmandu.
Sonam est un ami de Jigmey, le jeune tibétain dont Thanaka a tout d’abord parrainé les études lors de son arrivée à Dharamsala, et pour lequel l’association contribue aujourd’hui a l’édition de son journal pour enfants (distribué dans les écoles pour la sauvegarde de la culture tibétaine).
Sonam a fuit son village il y a cinq ans après avoir suivi dix années d’enseignement de philosophie bouddhiste dans un des plus grands monastères qui reste encore au Tibet. Agé d’une vingtaine d’année, ses parents lui avaient alors confié la garde de sa jeune sœur de dix ans, espérant les voir un jour revenir au village.
Cinq années ont passées, et Sonam a décidé de retourner dans son pays, près de ses proches, parents et amis, restés au Tibet. Sonam prévoit d’apprendre le chinois, dans une université chinoise, peut-être quatre années d’études... Cela vous paraît contradictoire ?
Non. Ce n’est pas qu’il retourne sa veste, mais au Tibet Sonam pense pouvoir réaliser plus facilement ses projets en maitrisant la langue de « l’occupant ». En connaissant le chinois, il lui sera alors plus aisé de négocier et mettre en place les aides qu’il souhaite apporter au monastère de son enfance et aux écoles tibétaines de sa région.
Aujourd’hui il rentre dans son pays occupé, se privant consciemment de ses libertés et de ses « droits d’homme », pour mieux aider ceux qui l’ont vu grandir.

J’ai beaucoup de respect pour ce jeune homme, rencontré quelques heures dans la capitale népalaise, mais qui risque gros pour défendre ses idées et la cause d’un peuple opprimé.
Sans papiers, Sonam risque au mieux une grosse amende, sinon quelques années de prison si la police chinoise le prenait à la frontiere népalo-tibétaine.
Au pire...
Sonam et sa sœur ont quitté illégalement le Tibet, ils franchiront ces prochains jours la frontière de nuit, en marchant par les montagnes, loin des postes de contrôle. 10 000 Rps (près de 115 euros) pour les passeurs qui les guideront sur les sentiers retirés. C’est beaucoup. Mais un refugié en exil a peu d’autre choix que la clandestinité. Alors les prix fluctuent et les clandestins paient.
Lorsqu’il me raconte son histoire, je songe aux juifs pendant la 2nde Guerre Mondiale qui fuyaient eux aussi l’ennemi nazi. Mais à la différence que cette histoire la est contemporaine...

A Khatmandu, près de la grande stupa de Swoyambunath, se cache un centre d’accueil pour les nombreux refugiés qui franchissent régulièrement la frontière sino-népalaise. Ce centre reçoit l’aide du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Refugiés (UNHCR) et offre un toit temporaire pour ceux qui repartiront dès que possible pour l’Inde, terre d’accueil de nombreux tibétains depuis que le XIVe Dalai Lama y a établit le siège de son gouvernement en exil.
Nous nous rendons ensemble au centre, où deux personnes du même village que Sonam sont arrivées la veille. Les réseaux de communication et d’entre-aide au sein des familles tibétaines sont impressionnants d’efficacité ! C’est une véritable force que d’appartenir a cette communauté, soudée et unie par cette culture et cette identité qu’elle défend par dessus tout. Où qu’ils soient, les tibétains - même en exil - seront pour toujours tibétains.
Je ne peux pénétrer dans l’enceinte du centre, et je laisse Sonam rendre visite à l’homme et le jeune moine qui ont, comme lui quelques années plus tôt, fuit la terre de leurs ancêtres. Lorsqu’il ressort, il est rassuré. Tous deux se portent bien, et au village, la situation semble bonne. Il leur a laissé 200 Rps, juste de quoi se nourrir lors de la suite de leur voyage en direction de Dharamsala et le quartier tibétain de McLeodganj au nord de la ville...

Le lendemain je retrouve à nouveau mon ami à Bodnath, là où l’héberge un couple, connaissance de sa famille.
J’ai accepté d’emmener parmi mes bagages quelques livres pour Sonam. Une charge qu’il ne pouvait endosser dans son petit sac et qu’il m’est facile d’ajouter à mes affaires personnelles. Quelques livres, pour la plupart des ouvrages de méditation et de réflexions philosophiques, ainsi qu’une petite dizaine de cassettes audio, des cours d’anglais et des enseignements du Dalai Lama. Je souhaite également emporter avec moi quelques-unes de ses photos, certaines envoyées par ses parents en souvenir du Tibet, et d’autres plus récentes prises ces dernières années en Inde. Mais Sonam refuse. Trop d’ennuis pour moi si jamais on fouillait mon sac... Déjà je me demande ce que je pourrais bien raconter aux officiers chinois s’ils me questionnaient sur cette littérature !
Mais, à la différence de mon ami, je ne cours aucun risque. Je ne suis ni exilée politique, ni refugiée clandestine... Je ne suis qu’une simple touriste me rendant en bus à Lhassa...

A Lhassa justement je compte retrouver comme convenu Sonam et sa sœur qui me conduiront ensuite jusqu’à leur village, à la frontière du Tibet officiellement revendiqué à la Chine par leur peuple, là ou le relief himalayen fait peu à peu place aux plaines chinoises.
Là bas, je devrais également y rencontrer la famille de Jigmey. Sept ans qu’il n’a pas vu ses proches... J’ai hâte de pouvoir contribuer, même « virtuellement », via les moyens digitaux actuels, à leur rapprochement, et espère pouvoir lui apporter, d’ici un mois ou deux, de belles photos, et pourquoi pas quelques séquences filmées de sa famille, son village, ses amis...

J’essaie juste d’aider comme je le peux Sonam et Jigmey à retrouver un peu de leur liberté perdue...


C’est déjà le début de la saison des pluies au Népal. Cela marque aussi le début des récoltes du blé. Dans les champs, dans les villages, chacun s’active pour ces moissons précoces avant que les épis ne s’abiment sous les averses.

Chaque soir ou presque, nous avons droit à de magnifiques orages, et aujourd’hui, pour la première fois, en rentrant à la nuit tombée, j’ai pu voir multitude de lucioles !
Magiques petites lumières volantes dans l’obscurité et la tranquillité des champs... Petits clichés instantanés et féeriques... Je m’imagine alors ces petits êtres volant et virevoltant qui berçaient les contes de mon enfance, leurs ailes légères accrochées dans le dos et agitant du bout de leur baguette magique des petites étoiles filantes...


Le 08 juin 2005

Sonam a gagné Lhassa dans la nuit de samedi à dimanche.

Tout s’est bien passé pour lui et sa soeur et j’ai retrouvé un jeune homme bien plus serein que lorsque je l’avais rencontré pour la première fois à Khatmandu : il avait alors l’esprit préoccupe par son voyage et l’angoisse de la clandestinité se lisait sur son visage...
Aujourd’hui, le plus dur est fait. Depuis Tatopani (ville nepalaise frontalière du Tibet), ils ont marché 4 heures dans les montagnes. Passage de la frontière chinoise à 1 heure du matin. Puis deux jours d’attente avant de reprendre une jeep en direction de Lhassa. Lors des checkpoints policiers, en chemin, Sonam dit qu’il vient de Zanghmu (première ville chinoise après la frontière). Et si les forces de l’ordre lui demandent ce qu’il pouvait bien faire à Zanghmu, il répond avec assurance qu’il est chanteur et qu’il s’y produisait.
Et c’est passé comme ca...


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Une année durant, Anne-Sophie Morisset a arpenté quelques contrées asiatiques et a apportée une aide précieuse aux projets de l’association.
Elle nous livre un journal de route intéressant.

Publié le vendredi 20 mai 2005, par Anne Sophie Morisset
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