Cette région de l’Inde lui est frontalière et, longtemps disputée aux népalais, le Sikkim reste majoritairement peuplé de familles d’origine tibétaine et népalaise qui ont su conserver leurs cultures au fil du temps. Les Lepchas sont considérés comme étant le 1er peuple ayant habité le Sikkim, puis les Népalis et les Bhutias (très proche des Tibétains) sont eux aussi venus peupler la région. Ce sont les trois principales ethnies du Sikkim où l’on parle népalais avant d’apprendre l’hindi.
Les indiens sont minoritaires, possédant la plupart du temps de petits commerces ou bien sont employés pour les services des familles les plus aisées vivant à Gangtok. Ils occupent également les fonctions de couturiers, cordonniers, traditionnellement des métiers de faible considération dans le système de caste hindouiste, et qui signifie que ces hommes appartiennent à la catégorie des intouchables.
Les autres indiens croisés sur ma route sont les familles de classe moyenne à élevée, les « nouveaux riches » de la grande puissance indienne. Bengalis pour la plupart, beaucoup arrivent de la plaine de Calcutta pour trouver un peu de fraîcheur vers le nord du pays.
Il est facile d’en dresser un stéréotype : les hommes, au ventre bedonnant, portent la moustache, une chemise qu’ils rentrent dans leur pantalon et un gilet de laine sans manches. Les femmes sont la plupart du temps bien en chair dans leurs saris. Nonchalantes et peu maniérées, elles passent, chez elles, leur temps à manger, allongées sur un fauteuil, à donner des ordres à leurs servantes. Ces femmes chérissent leurs enfants à longueur de journée, surtout les fils qui sont souvent ‘trop gâtés’. Les petites filles sont habillées (telles des poupées de porcelaine) de robes en dentelle rose pale...
Pour être totalement honnête, je n’ai eu de sympathie pour aucun de ces touristes indiens.
Ils sont dédaigneux et autuns, méprisant avec le personnel des restaurants et des hôtels qu’ils fréquentent. Ils connaissent tout, et discuter avec ces personnes n’a rien d’intéressant : ils vous récitent des statistiques sur l’Inde et les indiens, vous posent des questions qui n’ont aucune logique et n’écoutent de toute façon pas votre réponse.
Leur arrogance est fatigante !
Mais « le Sikkim, ce n’est pas l’Inde ». De toutes les rencontres que j’aurais faites ces dernières semaines, qui ne m’aura pas fait cette réflexion ?
De nombreux routards sillonnent l’Inde, ses circuits touristiques (des bazars de Delhi aux abords du Gange sacré de Bénarès, des portes du désert du Rajasthan aux plages techno-branchées de Goa), mais pour monter jusqu’au Sikkim il faut aimer la montagne. La montagne ou la botanique. Le Sikkim recense plus de 400 espèces différentes d’Orchidées et la région est également connue pour ses forêts de Rhododendrons rouges, roses, blancs qui fleurissent au printemps.
Les paysages montagneux sont relativement similaires à ceux du Népal, bien que les vallées me soient apparues nettement plus encaissées et plus boisées. La végétation y est dense.
Les pandas roux qui peuplent ces forêts de moyenne altitude sont cependant restés discrets et je n’ai eu l’opportunité de n’en apercevoir qu’à travers les grilles du zoo de Darjeeling qui rassemble toutes les différentes espèces animales de la zone himalayenne (comme par exemple le léopard des neiges, le yak, le tigre du Bengale ou l’ours de l’Himalaya). Seuls les singes ont salué (en toute liberté) notre passage en Jeep au bord des routes.
La presence militaire au Sikkim n’a rien à envier à un Népal en état d’urgence... Le nord est étroitement surveillé par l’armée, car la frontière avec le Tibet est très proche (quelques dizaines de km seulement) et les soldats guettent les tentatives de traversée de ces terres par quelconque Tibétain qui essaierait de s’enfuir de son pays opprimé.
Il faut dire que la frontière indo-népalaise vient également de fermer devant le nombre alarmant de ressortissants essayant de fuir le Népal. Si la situation perdurait, le pays serait la nation d’Asie au plus grand nombre de réfugiés à l’extérieur de ses frontières... Conséquence de cette omniprésence de l’armée au Sikkim, l’accès aux parcs nationaux du nord du pays (nature protégée et sauvage) ne peut se faire que via les nombreuses agences de tourisme de la capitale. Le permis est cher et on ne peut trekker librement dans ces régions : seuls les groupes avec guides et porteurs sont autorisés à emprunter les chemins de randonnée de ces parcs. N’ayant besoin de personne pour porter mon sac, je me suis donc joins à trois autres occidentaux (deux français et un andorran) pour trekker dans les vallées de l’ouest de la région. Dix jours de marche tranquille, à forts dénivelés pour de belles récompenses : l’hospitalité de quelques familles locales, des paysages tous aussi beaux les uns que les autres, une baignade en rivière, un peu de Tchang (alcool de millet fermente) servi dans un verre de bambou et nous rentrons à Gangtok avant l’arrivée des sangsues qui font leur apparition avec le début de la saison des pluies (j’avais déjà connu au Népal, je m’en passe volontiers cette fois-ci !)...
Gangtok. Il ne reste plus que quelques jours avant que je ne rentre au Népal... Mes compagnons de trekk partent de leur côté pour Delhi et Siliguri, croisant certainement sur leur route la délégation du XIVe Dalaï Lama qui doit intervenir sur la région auprès de la communauté originaire du Tibet.
J’ai sympathisé avec une famille tibétaine qui tient un petit restaurant local ou je vais la plupart du temps pour manger. On rigole beaucoup ensemble. La « famille Tenzing » (je la surnomme ainsi car tous les enfants portent ce prénom) a ‘adopté’ trois enfants népalais qu’elle loge et nourrit en échange de leur travail au restaurant, respectivement en salle et en cuisine. Alors je les accompagne par curiosité à la 1ere journée de cet ‘enseignement’ de sagesse. Et là, quelle ne fut pas ma surprise : des centaines de Tibétains sont rassemblés sous un chapiteau géant, et à l’avant quelques touristes sont regroupés bénéficiant d’une traduction anglaise du discours du Dalaï Lama. Lorsque celui-ci arrive, on respecte en silence ses salutations et une fois leur chef spirituel installé sur son fauteuil, tout le monde s’assoie en tailleur sur les nattes. Et tout le monde commence à parler de tous les côtés, des volontaires servent le thé, on mange, on boit, les plus jeunes se chamaillent, crient, les femmes discutent et les hommes baillent... Tout le monde fait acte de présence mais personne ne prête réellement attention au discours retransmis dans les haut-parleurs, sauf peut-être les occidentaux qui semblent être les plus intéresses et les plus attentifs de cette audience !
Etrange expérience...
J’ai quitté mardi le Sikkim pour traverser à nouveau le Terai népalais, les plaines du sud à la chaleur étouffante, aux rivières asséchées et aux maisons de bambous. Le sud qui revêt ses airs aux couleurs d’Afrique, avec les buffalos qui viennent se rafraîchir dans les marres boueuses et toutes ces femmes qui se sont assoupies sur leurs étalages alors que la température est déjà bien élevée a 10 h du matin, attendant qu’un client vienne les réveiller...
Quinze heures de route éreintantes, mais qui me laissent à chaque fois rêveuse à d’autres destinations, d’autres voyages, d’autres rencontres...











