J’ai demandé et obtenu lundi dernier une extension d’un mois pour mon visa népalais, ce qui signifie que je peux rester jusqu’à fin mars / début avril, avant de commencer à visiter les pays limitrophes qui complètent de leurs sommets la grande chaîne himalayenne (Inde du nord et Chine).
Cela me permettra notamment de retourner à Gaikhur pour apporter les premiers aménagements nécessaires identifiés lors de mon premier séjour au village (achats d’ustensiles de cuisine supplémentaires, d’un jeu de Karam pour les enfants - sorte de grand damier en bois -, de crème nourrissante pour leurs peaux desséchées par le froid et le soleil..., entre autres).
Par contre, malheureusement, une grève illimitée de tous les transports a été décrétée dans le pays par le mouvement maoïste depuis deux semaines maintenant. Aucun véhicule motorisé n’est autorisé à emprunter les axes routiers en dehors de la vallée (protégée par l’état d’urgence toujours en vigueur) sous risque de représailles des rebelles maos.
Aussi je suis également contrainte à rester ces derniers jours sur Bhaktapur et Khatmandu, à défaut de pouvoir me rendre comme prévu à Gaikhur. Personne ne peut prévoir avec exactitude quand est-ce que la grève sera levée et les véhicules à nouveau autorisés à la circulation...
Pour la population, ce blocus de la vallée de Khatmandu risque d’entraîner prochainement une flambée des prix, si celle-ci restait encore longtemps isolée de tout ravitaillement (nourriture, essence...). De même, certaines personnes descendues des villages pour diverses raisons, se voient forcées de prolonger leur séjour dans la capitale jusqu’au rétablissement des transports en commun ...
En ce qui me concerne en revanche, je prends mon mal en patience et renforce les liens de complicité avec les enfants de Duwacott, et d’amitiés avec mes diverses connaissances de Khatmandu.
J’en apprends chaque jour davantage sur les cultures et croyances de mes hôtes. Surya, enceinte de cinq mois, me surprend souvent des superstitions propres à sa grossesse. Ainsi, je suis par exemple chargée de cuisiner les œufs qui rappellent trop la poche du fœtus qu’elle porte, et qu’elle ne peut pas par conséquent, ni cuire, ni casser. Il lui est de même interdit de se rendre a l’intérieur des temples dans lesquels le serpent (animal sacré au Népal, et en particulier à Bhaktapur) pourrait être déifié. D’où nos difficultés à nous décider quant au lieu de notre dernier pique-nique avec les enfants, la plupart des sites d’intérêt se trouvant en effet a proximité d’un lieu sacre...
La nuit, certains mauvais esprits essayent de troubler son sommeil et tentent de faire du tort à son bébé. Le métal - en particulier le fer - repoussant les ondes négatives, un couteau est en permanence caché sous l’oreiller de la future maman pour éloigner ces esprits sorciers ...
Par ailleurs, je me souviens d’une anecdote que Surya m’avait innocemment confié le mois dernier : en buvant beaucoup de lait, elle est certaine que son bébé aura la peau claire, alors que le thé colorerait trop la peau du nouveau né. Au Népal, comme souvent en Asie, la peau claire est un attribut de beauté.
Je vous laisse méditer a ces croyances et vous envoie avec ce nouveau carnet de route quelques photos de nos petits pensionnaires de Gaikhur que je rejoindrai dès que possible.
Amitiés et à bientôt,
Anne Sophie






