C’est toujours impressionnant de s’arrêter à Gaikhur lorsque l’on va au Nepal. Ici, on mesure ce qu’est la vie des Népalais dans la campagne profonde : déjà il faut y aller, toute une expédition. Pour les enfants Thanaka qui sont accueillis à la maison c’est quand même assez différent de l’autre maison de Duwacot.
Dhana et Prithivi m’ont accompagné (ils aiment aussi y aller) ; nous avons fait le voyage avec les sacs à dos chargés à bloc de vêtements, livres, jeux, etc. Le cadre est superbe ; en pleine nature , il faisait super beau et c’était la première fois que j’y voyais aussi clairement la chaîne des Annapurnas. Dans le village, la maison a belle allure.
Ce qui surprend toujours à la première rencontre, à l’arrivée, c’est qu’il n y a pas de manifestation particulière. On se croise, on se salue simplement (« Namaste ») et cela donne l’impression que l’on était déjà là hier alors que l’on ne s’est pas vu depuis un an. Thuli Kanchi et Madhu, les deux femmes de la maison poursuivent leurs occupations sans manifester de surprise ou d’étonnement à notre arrivée. J’ai retrouve cette même attitude lorsque nous sommes allés à Chukha, le village de Pasang. Il y a eu très peu de manifestations d’émotion lorsque Pasang a rencontré ses parents qu’elle n avait pas vu depuis plus d’un mois. Ils se sont croisés comme si ils étaient ensemble depuis toujours. Etonnant cette grande réserve dans les manifestations émotionnelles qui restent très neutres. Par contre, les comportements et les attitudes traduisent beaucoup d intérêts et d’attachements. Très vite on amène les paillasses pour nous installer, ensuite le thé est servi, de la nourriture est offerte.
J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de sérénité dans la vie de la maison. Une grande tranquillité se dégage. Tout cela donne l’impression qu il n’y a pas de pression, pas de tension, pas de stress. Les choses se font au rythme de chacun : Il n y a pas de consignes, pas de règle rappelée, pas de règlement visible et l’on voit chacun s’activer à ses propres tâches et aux activités de la communauté dans un cadre très paisible. Pourtant il y a beaucoup de choses à faire ; j’ai trouvé que les enfants passaient beaucoup de temps (matin et soir) à travailler spontanément pour l’école.
Dans la maison de Gaikhur , pour nous européens, les conditions matérielles de vie sont vraiment très rustiques, voire précaires (très peu de matériel et d’équipement, électricité aléatoire, problèmes d approvisionnement en eau...), mais cela ne semble gêner personne. Lorsque l’on demande aux enfants ou aux dames de quoi ils auraient besoin, ils ne savent pas. Il y a quand même une télévision, lucarne sur le monde (quand il y a du courant, pas souvent).
Et pourtant ils sont privilégiés dans le village.
J’ai trouvé que les enfants étaient bien. Ils sont calmes, organisés, joueurs, autonomes, indépendants. Ils sont détendus, actifs, curieux de tout. Les résultats à l’école pour la moitié d entre eux sont bons, voire excellents (pour Alina, Rashmi, Maya, Pradip, Sunil ). Pour les autres, c’est moyen, mais tous s’investissent. Lalbahadur m’est apparu comme celui pour lequel c’était plus difficile.
Thuli Kanchi et Madhu, les deux femmes qui font tourner la maison sont bien organisées. Elles se complètent parfaitement et sont bien rodées dans la répartition des tâches. Comme on dit : « la maison est bien tenue » dans une ambiance souvent joyeuse. Thuli Kanchi est plus expansive. Elle m’a beaucoup fait rire. En fait, elles sont un peu des maîtresses de maison.
Les repas sont de grands moments. Tous les enfants sont assis en rond et reçoivent de Thuli Kanchi des quantités énormes de Dhal Bath (riz et lentilles), qu’ils engloutissent très rapidement. Ensuite chacun va laver son assiette. C’est impressionnant, surtout le soir dans la pénombre et le silence.
Parenthèse
Quand je travaillais avec des enfants difficiles, je me demandais souvent comment on pourrait s’y prendre pour organiser des lieux d accueil adaptés à ces enfants. Je crois que j’ai trouvé. Ca pourrait ressembler à Gaikhur... Mais je sais que ce n’est pas possible.
S’il fallait prévoir quelques équipements pour Gaikhur :
- peut-être un poste radio CD pour les enfants, ils connaissent tous les tubes Népalais et dansent comme tous les jeunes ;
- peut-être une installation fixe de panneau solaire qui permette de poser une ampoule électrique dans la cuisine et dans la pièce occupée par les enfants ;
- peut-être un téléphone portable pour les dames qui leur permettrait de communiquer avec Prithivi et Dhana (le mobile est très répandu au Népal).
Je ne serai pas rentré pour participer à l’exposition de Daix.
Ce que fait Thanaka au Népal est vraiment formidable !
J’ai eu la chance de le voir à Birta Deurali, à Chukha, et à Gaikhur.
Je passerai à Baktaphur avant mon départ.
A bientôt.
Richard



















